For English readers, you will find the translation at the bottom
« Ce qui était bien sur cet album, c’est qu’on se fichait de tout : on jouait ! Quand on avait deux parties qui sonnaient bien, il fallait trouver un moyen de les relier pour qu’elles marchent ensemble. Mais on était tellement libres dans ce qu’on faisait : c’était merveilleux ! »
Jamiroquai est un groupe qui défie le temps : 10 ans après la sortie de leur dernier album en date, ils continuent de tourner dans les plus grandes salles d’Europe à guichets fermés. Qui plus est, Jay Kay et ses acolytes ne semblent pas prêts de s’arrêter puisqu’ils multiplient les allusions à un nouvel album sur les réseaux sociaux. C’est à l’occasion de leur prochaine tournée, en préparation de leur album à venir, que nous allons redécouvrir quelques-uns de leurs albums cultes, le premier desquels “The Return of the Space Cowboy”.
Space Cowboy est un album particulier dans la discographie du groupe : second opus après le classique “Emergency On Planet Earth”, il incorpore des structures de morceaux et des harmonies nettement plus riches et complexes, ce qui en fait l’album le plus jazz que le groupe ait créé. D’autant plus qu’aucun morceau ne semblait réellement pensé comme un single : tout était pensé de sorte à aboutir au morceau le plus abouti possible. Les 11 morceaux qui le composent ont tous en commun une maestria qui a rendu cet album culte pour les passionnés de musique comme pour les musiciens, notamment les bassistes qui, depuis, ne peuvent contourner Stuart Zender dans leur apprentissage du groove.
C’est à l’occasion d’un concert privé donné par Jamiroquai à Paris le 27 février 2026 que j’ai pu rencontrer Derrick McKenzie, batteur du groupe depuis 1994, pour parler de la création de l’album Space Cowboy, qui a récemment fêté ses trente ans, et plus généralement de son approche et de celle du groupe en studio.
Entretien
Q : Quelles sont vos influences principales en tant que batteur ?
D : Quand je faisais l’album, j’écoutais beaucoup de disco-funk mais aussi de la drum & bass. La funk des années 1970 m’a aussi beaucoup inspiré, avec le début des boîtes à rythme, qui étaient utilisées en parallèle des batteries acoustiques. J’écoutais aussi beaucoup de hip-hop parce que j’étais dans un groupe nommé “Urban Species”, ce qui m’a permis de travailler une autre approche dans mon jeu, en incorporant des séquences de boîtes à rythme. Je programmais tout leur concert avec des samples et des séquences qui allaient d’un morceau à l’autre, ce qui m’a permis de développer le style que j’ai aujourd’hui.
D : En tant que batteur, mes influences principales proviennent des années 70 et 80, en particulier le jeu d’Harvey Mason, Art Blakey, Billy Cobham et Alphonse Mouzon. J’écoutais aussi beaucoup Patrice Rushen, une pianiste qui jouait du jazz-funk, plutôt du côté jazz, et Harvey Mason qui jouait du jazz-funk, plutôt du côté disco : c’est ce mélange qui m’a construit. Il y a ce groupe américain “Kleeeer”, qui avait un gros son disco-funk, similaire au son de Chic, mais Chic était plus commercial, alors qu’eux étaient nettement plus underground. Ils étaient produits par Deodato, qui est un très bon musicien électronique. Toutes ces influences ont abouti à la manière dont je joue aujourd’hui.
Herbie Hancock en 1976 avec Harvey Mason à la batterie.
Moi : Avant ça, vous avez joué sur un album du groupe “Candyland”.
D : Oui ! Ça, c’est plutôt du côté de la pop indépendante. La majeure partie de cet album a été programmée par Phil Chill, qui avait travaillé avec Massive Attack, et moi j’ai fait quelques overdubs par-dessus. C’est pendant les concerts que j’ai dû programmer les séquences, notamment celles de guitare
Q : C’est après cette expérience que vous avez auditionné pour Jamiroquai ?
D : Avant de rejoindre Jamiroquai, j’ai tourné avec “Urban Species” pendant quelques années, et vers la fin de la tournée, je sentais que je devais faire autre chose. Un jour, lors d’un barbecue avec Simon Law, un ami qui s’avérait être producteur, je lui ai dit : “Si tu as besoin d’un batteur, voici mon numéro”. Puis, alors que je me dirigeais vers ma voiture à la fin d’une répétition avec Urban Species, j’ai entendu le téléphone sonner et j’ai couru pour décrocher. C’était un responsable de chez EMI, qui avait récupéré mon téléphone auprès de Simon. Il me dit qu’il s’occupe d’un groupe, “Jamiroquai”, et qu’ils recherchent un batteur. Même si le premier album était déjà sorti, je n’en avais jamais entendu parler. Je lui ai bien sûr répondu que je pouvais tester, ce après quoi le manager du groupe m’a appelé pour que je vienne auditionner au studio, à Shepherd’s Bush [quartier de Londres], alors que j’étais en répétition avec Urban Species.
Une fois que je suis arrivé, j’ai rencontré Kevin Simpson, leur manager, qui m’a présenté aux gars : Toby (Toby Smith, claviériste de Jamiroquai jusqu’en 2002), Stuart (Stuart Zender, bassiste du groupe jusqu’en 1998), Wallis (Wallis Buchanan, yidakiste jusqu’en 2000). J’étais le dernier à auditionner, la dernière journée d’audition, mais je n’étais pas intéressé par le fait de savoir si j’allais être pris ou pas : je voulais juste jouer quelque chose de différent pendant quelques heures. Ils m’ont fait écouter quelques-uns des nouveaux morceaux, j’ai commencé à jouer, le courant passait bien. Puis, quand je regarde au fond de la salle, je vois qu’il y a quelqu’un qui nous regarde à côté de Kevin, sans que je sache vraiment qui c’est. Je continue de jouer, puis Kevin vient et me présente Jay, toujours sans que je sache que c’est le chanteur du groupe. Toby commence à jouer “Too Young To Die”, puis Jay prend le micro, et c’est à ce moment que je comprends que c’est lui, la voix qu’on entend sur les albums.
D : Après avoir joué tout ça, on commence à improviser un peu. C’est à ce moment que Toby lance une mélodie, qui deviendra le premier thème de Just Another Story. Je m’adapte, je cherche le groove et je développe petit à petit ce qu’on entend aujourd’hui sur l’album. Ces roulements de charleston qu’on entend sont nettement inspirés de ce que j’écoutais à l’époque : de la drum & bass. Jay était très enthousiaste par rapport à ce qu’on jouait. Moi, je continuais de creuser, en gardant en tête que ce n’est pas un groupe de drum & bass, c’est du jazz-funk. C’est avec ce raisonnement que j’ai abouti à un rythme qui conserve les roulements de charley tout en tapant le 2 et le 4 avec la grosse caisse et la caisse claire.
Deux jours plus tard, Kevin me rappelle et me dit que j’ai le job. Je ne m’y attendais pas du tout, et quelques semaines plus tard, on est entrés en studio.
Q : Dans quel état d’esprit vous trouvez le groupe quand vous l’avez rejoint ? Jay a souvent dit qu’il avait été frappé par le syndrome de la page blanche et que l’écriture de l’album fut difficile.
D : Non ! Je crois qu’il paniquait un peu [après le succès du premier album], mais les morceaux sont venus naturellement. Just Another Story, Space Cowboy, Manifest Destiny sont tous venus très naturellement. Par exemple, pour Space Cowboy, Toby est arrivé avec les accords, et j’ai commencé à jouer de la batterie. Jay a créé en cinq minutes la mélodie que l’on connaît. En fait, il fallait juste être patient pour laisser les morceaux se développer naturellement. S’il avait le syndrome de la page blanche, je ne l’ai certainement pas remarqué, parce qu’on s’est tellement amusés à créer cet album ! On était un groupe catégorisé « acid-jazz« , et Space Cowboy représente mon interprétation personnelle de ce courant, tout en restant ancré dans tous ces grooves des années 70 qui m’ont influencé. Les grooves que jouait Nick Van Gelder sur le premier album sont incroyables ! Je ne peux pas les jouer comme il les joue, j’ai dû les réinterpréter à ma façon. C’est pour toutes ces raisons que le premier album est un classique intemporel : Nick est très bon dessus. Moi, j’ai interprété ça à ma façon, et c’est ce qu’on entend sur l’album.
Moi : Comparé à Nick, vous avez une approche très centrée autour du groove et moins chargée.
D : Oui, sauf sur Just Another Story ! (rires). Mon style est une approche moins chargée, à part quand on me le demande. Je joue toujours ce dont le morceau a besoin.
Q : Vous dites que tous ces morceaux sont venus naturellement, dites-m’en plus.
D : Par exemple, Space Cowboy, le refrain était l’idée de Jay. Moi, je me suis demandé comment je pouvais appuyer les accents de la mélodie tout en gardant le groove. C’était très difficile sur le moment de transformer mon idée en quelque chose sur lequel on pouvait danser. Après le refrain, il y a ce pont un peu abstrait, où le même problème se posait. J’ai commencé à jouer les accents avec la caisse claire et la grosse caisse tandis que c’est le charley qui tient le 2 et le 4. Je ne le savais pas à l’époque, mais c’est un rythme traditionnel africain. Quand on l’écoute aujourd’hui, on a l’impression que c’est un peu afro-beat, mais on ne le savait pas du tout à l’époque. Maurizio Ravalico, qui était le percussionniste à l’époque, avait des origines latines, et il incorporait ça dans son jeu.
Ce qui était bien sur cet album, c’est qu’on se fichait de tout : on jouait ! Quand on avait deux parties qui sonnaient bien, il fallait trouver un moyen de les relier pour qu’elles marchent ensemble. Mais on était tellement libres dans ce qu’on faisait : c’était merveilleux !
Moi : Il y a cette démo du morceau Scam [démo qui était davantage l’extension d’un morceau précédent mais jamais enregistré en studio, “Do That Dance”] sur laquelle vous faites jouer un solo de batterie, ce qui est assez rare pour être souligné.
D : Waw, où est-ce que tu as trouvé ça ?
Moi : Stuart Zender l’a posté sur sa chaîne YouTube il y a quelques temps.
D : Tu dois m’envoyer ça, que je me souvienne de ce que j’ai fait ! J’aime jouer des solos ; je demande souvent à ce qu’on m’accompagne avec des accords derrière, comme ça les gens que ça n’intéresse pas peuvent quand même s’y repérer.
Moi : Même si c’est un solo, on ne peut pas s’empêcher de bouger la tête en l’écoutant.
D : Ouais !
Bande démo de « Scam »
Vidéo illustrant la partie de clavier sur « Just Another Story »
Q : J’aimerais aussi qu’on parle de Toby Smith. Comment faisait-il pour créer ces harmonies si complexes ?
D : Toby écoutait beaucoup de choses : de la musique classique, du Marvin Gaye, du jazz, il écoutait tout ! Il mettait toutes ces influences dans son jeu. Ses voicings [disposition des notes d’un accord] sont très bons ; c’est parce qu’il testait beaucoup de choses tout le temps. C’était quelqu’un de très talentueux, mais c’était en même temps tellement naturel pour lui !
Moi : “Just Another Story” est un exemple merveilleux de liberté totale : 9 minutes, quatre parties complètement différentes…
D : Oui ! C’était le premier morceau que j’ai enregistré avec Jamiroquai. Il y a ces trois sections, puis une quatrième avec une modulation. Quand on l’enregistrait, c’est Jay qui nous dirigeait ! On savait toutes les parties, mais on ne savait pas comment on devait les assembler ! Jay nous disait de commencer par telle partie, puis nous faisait signe de passer à la seconde : je commence alors le roulement qu’on entend sur le morceau [à 25 secondes], puis il nous fait signe de continuer ; on continue puis il nous fait signe de finir, de laisser le groove s’éteindre [à 2:10], avant de me faire signe d’enclencher la section suivante. On jouait et Jay dirigeait tout tel un chef d’orchestre !
Moi : Ce qu’on entend sur l’album, c’est le résultat de cette histoire ; vous n’avez pas fait de démo avant ?
D : Oui : on l’a enregistré en trois prises peut-être, et après on a rajouté les cuivres et les chœurs. Jay nous criait “À la section C ! Maintenant on retourne à la A” ! C’est ce qui rendait le tout excitant.
Moi : Donc c’est un arrangement complètement construit sur le fil.
D : Ouais !
Q : Et comment développiez-vous la section rythmique avec Stuart Zender ? Pour beaucoup de musiciens, ce duo basse-batterie est iconique et presque intouchable dans le genre.
D : La plupart du temps, Stuart venait avec une ligne de basse qu’il avait déjà écrite. Il ne pense pas comme un bassiste normal, parce qu’il est autodidacte. Quand il joue, il est comme moi : il pense différemment, il est plutôt du côté rythmique tout en restant très mélodique. Il a un style qui lui appartient totalement. Moi je jouais, et lui greffait l’idée qu’il avait dans sa tête à mon rythme : on travaillait séparément, mais ensemble ! Quand on avait terminé de réfléchir à nos idées, on corrigeait nos parties en fonction de l’autre. J’étais parfois vraiment interloqué par à quel point ces lignes de basse étaient cool. Je me demandais : “Comment il a fait ça ?”.
Moi : Mais si ces lignes de basse marchent aussi bien, c’est parce que vous assurez une solide fondation rythmique derrière.
D : Oui en effet, c’est comme ça que j’aime jouer. J’aime quand les autres peuvent faire ce qu’ils veulent par-dessus. Je ne fais pas souvent de grands breaks de batterie, mais je le fais quand la musique l’exige.
Partie isolée basse-batterie du morceau « Scam »
Moi : Est-ce que le but avec Travelling Without Moving était de rendre les choses plus simples ?
D : Non ! Les sessions étaient aussi libres que celles de Space Cowboy ! On était tous dans la vibe “disco-funk”, on écoutait beaucoup de R&B et de musique latine : on a tout mis dans un album. Et parce qu’on était libres de faire ce qu’on voulait, ça nous a rendu la vie beaucoup plus facile! C’était bien de pouvoir jouer un morceau lent de R&B comme Everyday. Ce morceau était une blague ! On improvisait tous ensemble et on jouait une sorte de version très lente et très longue de ce qui allait devenir Everyday, et Jay racontait n’importe quoi par-dessus. Après, il est revenu avec un morceau fini à partir de cette jam.
Rare interview de Jay en studio pendant l’enregistrement de « Travelling Without Moving »
D : De même, on a enregistré un morceau latin parce qu’on devait faire un instrumental pour un jeu FIFA ou quelque chose du genre… Ils ne l’ont pas aimé et Jay a écrit des paroles par-dessus, ce qui est devenu Use The Force. Pour Cosmic Girl j’avais enregistré une démo et c’est à partir de cette démo qu’on a construit le morceau. C’est super d’être aussi libre ; même si c’est vrai que c’est plus strict aujourd’hui. Les gens adorent !
Q : Space Cowboy et Travelling Without Moving ont un son très particulier, très ouvert et intemporel.
D : Ces albums ont été mixés par Al Stone ; il a une très bonne oreille : il sait comment bien équilibrer un mix. Le son qu’on entend sur Space Cowboy n’a rien à voir avec le son que j’ai aujourd’hui. On a enregistré dans trois studios différents, qui donnent tous leur patte à l’album. Ce qui est impressionnant, c’est que quand on me demande de recréer ce son, je ne peux pas répondre ! On a juste fait notre truc. C’est aussi parce que Stuart utilisait toujours la même Warwick, celle qu’il utilisait aussi en live, et moi j’utilisais la batterie qui était au studio.
Un des premier concerts de Derrick McKenzie avec Jamiroquai, à Londres en 1994
Q : C’est aussi à cette période que vous avez fait votre première tournée avec le groupe.
D : C’était ma première grande tournée, dont la première date fut au Bataclan, ici à Paris ! C’était extrêmement différent, car j’étais habitué à jouer dans de toutes petites salles, comme le Jazz Café à Londres. Quand on a commencé à tourner, j’étais nerveux, surtout après toutes les répétitions qu’on a faites : je ne savais pas à quoi m’attendre. Et je n’attendais sûrement pas autant de monde aux concerts !
Q : Quelle était la partie réservée à l’improvisation dans ces concerts ?
D : J’ai envie de dire que tout le concert était plus ou moins improvisé ! Mais il y a des parties où l’on peut creuser un peu plus que d’habitude, comme à la fin de Space Cowboy. On jouait aussi des reprises, comme We Gettin’ Down, un morceau de Weldon Irvine, qui se basait essentiellement sur de l’improvisation. On était libres de faire ce qu’on voulait, néanmoins, si on faisait vraiment ce qu’on voulait, on aurait joué pendant quatre heures ! Comme on doit produire quelque chose de présentable, on a dû ramasser tout ça et créer quelque chose de structuré. Mais oui, on était libres de faire ce qu’on voulait, en restant dans le cadre de la musique qu’on jouait. On pouvait jouer des solos, mais c’était 8 ou 16 mesures maximum, puis on repartait dans le groove.
Moi : Est-ce que vous avez conservé la même approche aujourd’hui ? Les arrangements des morceaux paraissent nettement plus sophistiqués et rigides sur votre dernière tournée [Heels of Steel Tour, 2025]
D : On arrive à trouver le temps d’improviser, mais au bon moment. Sur la dernière tournée, tous les morceaux ont un début, un milieu, une fin : par exemple sur Cosmic Girl, on garde le cœur du morceau, puis on enchaîne sur une section improvisée pendant laquelle je joue un groove plutôt disco. Toute cette section est improvisée et continue jusqu’à ce que Jay soit prêt à aller sur le refrain. Matt (Matt Johnson, actuel claviériste de Jamiroquai) pourrait faire un solo ; Rob (Rob Harris, guitariste) pourrait aussi en faire un. C’est écrit pour être libre. De même sur Space Cowboy, on l’a retravaillé sur cette tournée parce que Jay voulait que ce soit plus funky.
En tant que groupe, on ne rejette rien : on essaie toujours de faire fonctionner les choses entre elles par tous les moyens possibles avant d’abandonner, mais en dernier recours ! On arrive généralement à rassembler toutes les pièces du puzzle parce qu’on est tous de bons musiciens. Je leur dis : “Je fais un break, et à ce moment-là on part sur la deuxième section, et vous faites en sorte que tout s’accorde pour que ça s’enchaîne bien”.
C’est à ce moment que, dans le hall de l’hôtel où se passait l’interview, nous voyons arriver Rob Harris, guitariste du groupe, et que nous comprenons que la présence de Derrick à Paris était liée à un concert privé dont il ne pouvait pas encore parler, et non à une visite chez des amis comme il nous l’avait dit au début; un moment cocasse qui signait la fin de cette entrevue.
English translation
« What was great about that album is that we didn’t care about anything—we just played. When two parts sounded good, we found a way to connect them. We were completely free in what we did—it was wonderful.»
Jamiroquai is a band that defies time: 10 years after the release of their most recent album, they continue to tour the biggest venues in Europe to sold-out crowds. Moreover, Jay Kay and his bandmates do not seem ready to stop, as they increasingly hint at a new album on social media. It is on the occasion of their upcoming tour, in preparation for their forthcoming record, that we will rediscover some of their cult albums, starting with “The Return of the Space Cowboy.”
Space Cowboy is a distinctive album within the band’s discography: their second record following the classic “Emergency on Planet Earth,” it features far richer and more complex song structures and harmonies, making it their most jazz-oriented album to date. Notably, none of the tracks were originally conceived as singles: everything was created with the aim of achieving the most complete musical statement possible. In contrast, a more minimalist approach would later be adopted by Jay for the following album, “Travelling Without Moving.”
The 11 tracks that make up the album all share a level of mastery that has made it a cult classic among music enthusiasts and musicians alike, particularly bass players, who have since found it impossible to ignore Stuart Zender in their study of groove.
It is on the occasion of a private Jamiroquai concert in Paris on February 27, 2026, that I had the opportunity to meet Derrick McKenzie, the band’s drummer since 1994, to discuss the making of Space Cowboy, which recently celebrated its 30th anniversary, and more broadly his approach and that of the band in the studio.
Interview
Q : What are your main influences as a drummer?
D: When I was working on the album, I was listening a lot to disco-funk but also drum & bass. The funk of the 1970s was also a major influence, especially with the emergence of drum machines, which were used alongside acoustic drums. I also listened to a lot of hip-hop because I was part of a band called “Urban Species,” which allowed me to develop a different approach to my playing, incorporating drum machine sequences. I programmed their entire live shows with samples and sequences that connected one track to another, which helped me develop the style I have today.
As a drummer, my main influences come from the 1970s and 1980s, particularly the playing of Harvey Mason, Art Blakey, Billy Cobham, and Alphonse Mouzon.
I also listened a lot to Patrice Rushen, a pianist who played jazz-funk, more on the jazz side, and Harvey Mason, who played jazz-funk more on the disco side: it was that combination that shaped me. There was also this American band “Kleeeer,” which had a strong disco-funk sound, similar to Chic, but Chic was more commercial, whereas they were far more underground. They were produced by Deodato, who is a very talented electronic musician. All of these influences ultimately shaped the way I play today.
Me: Before that, you played on an album by the band “Candyland.”
D: Yes! That was more on the indie pop side. Most of that album was programmed by Phil Chill, who had worked with Massive Attack, and I did a few overdubs on top. It was during live shows that I had to program the sequences, especially the guitar ones.
Q : So that’s when you auditioned for Jamiroquai?
D: Before joining Jamiroquai, I toured with “Urban Species” for a few years, and towards the end of the tour I felt I needed to do something else. One day, during a barbecue with Simon Law, a friend who turned out to be a producer, I told him: “If you ever need a drummer, here’s my number.” Then, as I was walking back to my car after a rehearsal with Urban Species, I heard the phone ring and ran to answer it. It was someone from EMI who had gotten my number from Simon. He told me he worked with a band called “Jamiroquai” and that they were looking for a drummer. Even though their first album had already been released, I had never heard of them. I told him I was willing to try out, after which the band’s manager called me to come audition at the studio in Shepherd’s Bush (London), while I was still rehearsing with Urban Species.
When I arrived, I met Kevin Simpson, their manager, who introduced me to the band: Toby (Toby Smith, Jamiroquai’s keyboardist until 2002), Stuart (Stuart Zender, bassist until 1998), and Wallis (Wallis Buchanan, didgeridoo player until 2000). I was the last to audition, on the final day of auditions, but I wasn’t focused on whether I would get the job or not—I just wanted to play something different for a few hours. They played me some of the new material, I started playing, and the chemistry was there immediately.
Then I noticed someone at the back of the room watching us next to Kevin, without really knowing who it was. I kept playing, and Kevin eventually came over and introduced Jay, still without me realizing he was the band’s singer. Toby started playing “Too Young To Die,” then Jay took the mic, and that’s when I realised he was the voice I had heard on the records.
After that, we started improvising. That’s when Toby came up with a melody that would become the first theme of “Just Another Story.” I adapted, searched for the groove, and gradually developed what eventually ended up on the record. The hi-hat patterns you hear were heavily inspired by what I was listening to at the time: drum & bass. Jay was very excited about what we were playing. I kept digging, while reminding myself that this wasn’t a drum & bass band—it was jazz-funk. That mindset led me to a rhythm that kept the hi-hat rolls while anchoring the groove on beats two and four with the kick and snare.
Two days later, Kevin called me back and told me I had the job. I didn’t expect it at all, and a few weeks later we went into the studio.
Q : What was the band’s mindset when you joined? Jay has often said he experienced writer’s block and that the writing process for the album was difficult.
D : No! I think he was a bit anxious [after the success of the first album], but the songs came very naturally. “Just Another Story,” “Space Cowboy,” and “Manifest Destiny” all came very organically. For example, with “Space Cowboy,” Toby came in with the chords and I started playing drums. Jay created the melody we know in about five minutes. We just had to be patient and let the songs develop naturally. If he had writer’s block, I certainly didn’t notice it, because we had so much fun making that album.
We were an acid jazz band, and “Space Cowboy” represents my personal interpretation of that style, while still being rooted in all those 1970s grooves that influenced me. The grooves played by Nick Van Gelder on the first album are incredible. I can’t play them the way he does—I had to reinterpret them in my own way. That’s why the first album is such a timeless classic: Nick was brilliant on it. I interpreted it differently, and that’s what you hear on the record.
Me : Compared to Nick, your approach is much more groove-oriented and less busy.
D : Yes, except on “Just Another Story!” (laughs). My style is generally more minimal, unless the music calls for otherwise. I always play what the song needs.
Q : You say all these songs came naturally—can you tell us more?
D : For example, on “Space Cowboy,” the chorus was Jay’s idea. (Derrick sings the melody). I started thinking about how to support the accents of the melody while keeping the groove. It was very challenging at the time to turn my idea into something people could actually dance to. After creating the chorus, there was that more abstract bridge where the same issue arose. I started placing accents on snare and kick while the hi-hat kept the two and four pulse. I didn’t know it at the time, but it’s actually a traditional African rhythm. Listening back now, it sounds a bit like Afrobeat, but we had no idea at the time. Maurizio Ravalico, who was the percussionist then, had Latin roots and brought that into his playing.
What was great about that album is that we didn’t care about anything—we just played. When two parts sounded good, we found a way to connect them. We were completely free in what we did—it was wonderful.
Q : There’s a demo of the track “Scam” [an extension of an earlier piece, “Do That Dance,” never recorded in the studio] where you play a drum solo, which is quite rare.
D: Wow, where did you find that?
Me: Stuart Zender posted it on his YouTube channel a while ago.
D: You have to send it to me so I can remember what I played! I like playing solos; I often ask to be accompanied by chords so that even people who aren’t into drums can follow it.
Me: Even though it’s a solo, you can’t help but nod your head to it.
D: Yeah!
Q : I’d also like to talk about Toby Smith. How did he manage to create such complex harmonies?
D: Toby listened to everything—classical music, Marvin Gaye, jazz, everything. He put all of those influences into his playing. His voicings (chord note arrangements) are excellent because he was constantly experimenting. He was extremely talented, but it always felt completely natural to him.
Q : “Just Another Story” is a perfect example of total freedom: nine minutes, four completely different sections…
D: Yes! It was the first track I recorded with Jamiroquai. There are three sections, plus a fourth with a modulation. When we recorded it, Jay was directing us. We knew all the parts, but we didn’t know how they were supposed to fit together. Jay would tell us to start on one section, then signal the next: I’d begin the drum roll you hear on the track (around 0:25), then he’d signal us to continue, then to stop and let the groove fade out (around 2:10), before cueing the next section. We played while Jay conducted everything like an orchestra leader.
Me: And what we hear on the record is the result of that process; you didn’t demo it beforehand?
D: Yes, we recorded it in maybe three takes, then added horns and backing vocals. Jay would shout: “Section C! Now back to A!” That’s what made it exciting.
Me: So it was a completely spontaneous arrangement.
D: Exactly.
Q : How did you develop the rhythm section with Stuart Zender? For many musicians, that bass–drums duo is iconic and almost untouchable in the genre.
D: Most of the time, Stuart would come in with a bassline he had already written. He doesn’t think like a typical bassist because he’s self-taught. When he plays, he’s like me: he thinks differently, very rhythm-oriented while remaining melodic. His style is completely his own. I would play, and he would attach his ideas to my rhythm—we worked separately, but together. Once we had shaped our ideas, we would adjust them based on each other. I was often amazed by how cool his basslines were. I would think: “How did he do that?”
Me: But if those basslines work so well, it’s also because you provide a strong rhythmic foundation underneath.
D: Yes, exactly. That’s how I like to play. I like it when others can do whatever they want on top. I don’t often play big drum breaks, but I do when the music calls for it.
Q : Was the goal with Travelling Without Moving to simplify things?
D: No! The sessions were just as free as on “Space Cowboy.” We were all in a disco-funk vibe, listening to a lot of R&B and Latin music—we put everything into the album. And because we were free to do whatever we wanted, it actually made things easier. It was great to play slow R&B tracks like “Everyday.” That song was a joke! We were all improvising, playing a very slow, extended version of what would become “Everyday,” while Jay was ad-libbing over it. Then he came back with a finished song based on that jam.
Likewise, we recorded a Latin track because we had to make an instrumental for a FIFA game or something like that… They didn’t like it, so Jay wrote lyrics over it, which became “Use the Force.”
I had recorded a demo for “Cosmic Girl,” and that’s what the track was built from.
It was great to be that free—even if things are more structured today. People still love it.
Q : Space Cowboy and Travelling Without Moving have a very distinctive, open, and timeless sound.
D: Those albums were mixed by Al Stone; he has a great ear and knows how to balance a mix properly. The sound on “Space Cowboy” is nothing like the sound I have today. We recorded in three different studios, each of which brought its own character to the album. What’s striking is that when people ask me to recreate that sound, I simply can’t. We just did our thing. It’s also because Stuart used his Warwick bass and I played the drum kit that was available in the studio.
Q : This was also the period when you went on your first tour with the band.
D: It was my first major tour, and the first date was at the Bataclan in Paris. It was completely different, as I was used to playing in very small venues like the Jazz Café in London. When we started touring, I was nervous, especially after all the rehearsals—we had done so many that I didn’t know what to expect. And I certainly didn’t expect that many people at the shows.
Q : How much improvisation was there in those concerts?
D: I’d say the whole concert was more or less improvised. But there were sections where we could stretch out more than usual, like at the end of “Space Cowboy.” We also played covers, such as “We Gettin’ Down,” a Weldon Irvine piece that was largely based on improvisation. We were free to do what we wanted, but if we had truly done whatever we wanted, we would have played for four hours! So we had to condense it into something structured. Still, we had freedom within the framework of the music. We could play solos, but only for 8 or 16 bars, then we’d return to the groove.
Q : Do you still keep the same approach today? The arrangements on your latest tour seem much more sophisticated and rigid [Heels of Steel Tour, 2025].
D: We still find room for improvisation, but at the right moments. On the latest tour, every song has a clear beginning, middle, and end. For example, on “Cosmic Girl,” we keep the core of the track, then move into an improvised section where I play a disco-style groove. That entire section is improvised until Jay is ready to return to the chorus. Matt (Matt Johnson, current Jamiroquai keyboardist) might take a solo; Rob (Rob Harris, guitarist) might as well. It’s designed to be flexible. We also reworked “Space Cowboy” on this tour because Jay wanted it to be funkier.
As a band, we never reject ideas outright—we always try to make things work in every possible way before giving up, and only as a last resort. We usually manage to piece everything together because we’re all good musicians. I’ll say: “I’m going to take a break, and at that moment we’ll move to the second section, and you make sure everything locks together smoothly.”
It is at this moment, in the lobby of the hotel where the interview was taking place, that we see Rob Harris, the band’s guitarist, arrive. We then understand that Derrick’s presence in Paris was in fact linked to a private concert he was not yet allowed to talk about, rather than a visit to friends as he had initially told us; a humorous moment that marked the end of the interview.

